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CR du Gruissan Phoebus Trail 50km

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Dimanche matin, 7H00 du mat, en route pour le Gruissan Phoebus Trail, la journée s’annonce tout simplement magnifique avec le soleil levant dans les yeux, je e dis que je vais passer un excellent moment, ça commence à suffir ce temps exécrable que l’on a depuis plus d’un mois. Peu importe la dureté de la course, au moins on va passer un bon moment dehors. Gruissan étant un des mes endroits favoris l’été car ce n’est pas forcément loin de chez moi (1h20 de route), je n’ai aucun mal à me rendre au Parc des expos pour retirer mon dossard. Je commence à me presser un petit peu car le départ est dans 40mn il ne va pas falloir chaumer. Je récupère la dotation (bouteille de vin, c’est ma troisième course audoise, et à chaque fois on a droit à notre petite bouteille, c’est ma femme qui est contente, au moins ça sert pour la cuisine), normalement on aurait dû avoir un buff, mais apparemment ils en ont pas prévu assez, c’est pas bien grave, c’est pas le matos qui me manque pour aller courir. Retour à la voiture, je fini de me préparer, accrocher dossard et puce, mais surtout je m’équipe en conséquence, c’est à dire dans une tenue à 75% identique à celle qui me servira pour le prochain Marathon des Sables. C’est à dire: chaussures Hoka Stinson Evo, manchons Booster, Short Salomon Exo S-lab, en l’occurrence, j’avais un haut à manches longues, car il y avait pas mal de vent ce jour-là. Mais le point le plus important concerne le sac à dos, j’ai opté pour le sac MDS de la société WWA, j’avais donc la flotte sur les brettelles (2x750ml), et j’avais chargé le sac avec un peu de poids (environ 4kg), je suis sûr et certain que je vais manquer d’agilité sur la course dû à ce sac, mais tester l’ensemble de ce matos en condition course, me permet de faire aucunes concessions et surtout de tirer des conclusions définitives sur mes choix, et il y en a eu. Bref, là n’est pas l’essentiel, revenons à la course…


Une fois harnaché, je me dirige vers le casino du Phoebus où a lieu le départ, on est quand même 350 partants, pour un 50 bornes, c’est pas mal. Particularité de la course, c’est la première manche du TTN long 2013 (Trail Tour National), du coup le gratin du trail est là: Sylvain Court, Emmanuel Gault, Maxime Cazajoux, Damien Vierdet, Maxime Durant, autant vous dire, c’est pas la peine de s’accrocher à ces gars-là qui vont courir la course aux alentours de 14km/h, et vu la technicité du parcours, chapeau!!!

8H45, le coup de pistolet retenti, le speaker a lancé une musique plus que bruyante, mais nous y voilà on part pour une sacré balade. De mon côté, j’ai vraiment zéro pression, j’ai pas forcément de chrono à respecter, je veux juste faire une belle sortie longue (je vais être servi). Comme partout, je pense que même si je partais pour un 200 bornes, on part toujours trop vite, l’euphorie qu’on appelle ça! Après les 500m de bitume (on en retrouvera 35 bornes plus tard), on arpente les bordures de vignes, j’ai regardé le profil, il y a au moins 20 bosses plus ou moins grande, mais je sais que la première est un vrai mur, je pars donc en sur régime sachant que je récupérerais dans cette montée, on est relativement groupé, ça discute à droite à gauche, on est clairement pas dans le même esprit que la route (même si j’aime le marathon, sa concentration, sa précision), cet esprit-là est quand même bon enfant, je parle pour moi qui ne vais pas « frotter » à l’avant, j’ai le temps de savourer et de regarder l’environnement dans lequel je cours.

On y est, nous voilà dans THE mur, tous les photographes sont postés là, on doit être entre 25 et 35%, et surtout dans les premiers cailloux, les appuis sont fuyants, j’aperçois Christelle, la compagne de Rémy Jegard, qui prend des photos pour Running Mag, je la salut, en contrepartie, elle prend un petit cliché:


J’ai les mollets littéralement en feu, ça annonce vraiment pas du bon, on est juste à 3km au compteur, je me dis que si ça me déclenche des crampes, et surtout des raideurs durant toute la course, je suis pas sortie de l’auberge. On bascule de cette première bosse, et voilà les première relances, on est encore assez nombreux, du coup ça ralenti de temps en temps mais ça va pas durer longtemps. On entre dans la garrigue, les odeurs de thym à plein nez, je profite, déjà 5km, je me dis aller 10 fois ça et c’est plié, je fonctionne beaucoup comme ça, je c’est pas, c’est complètement psychologique, mais je me fixe des bornes kilométriques imaginaires, en essayant de m’y projeter notamment au niveau du chrono, mais ma dernière expérience d’ultra ma bien fais voir que c’était ni linéaire, ni proportionnel.

Sur les 15kms suivant je vais passer le meilleur moment de la course, tout d’abord j’ai les jambes, je suis pas forcément fatigué, le terrain n’est pas encore des plus exigeants, c’est à dire on sur une sorte de monotrace (50% terre/50% cailloux), on est un groupe de 4, et ça relance en permanence, il y a quelques bosses mais la plupart se passe en force, on slalome entre les pins, on s’accroche aux branche, mais on court relativement bien, on arrive sur une crête, face à la mer, sur les hauteurs de Gruissan, les rayons de soleil plongeant dans cette mer bleue, là je me dis que je suis un chanceux, je vais peut-être en chier de ombreuses heures, mais au moins je suis dans un cadre dont certains payeraient cher pour être à ma place, alors je savoure. Le gars devant moi, fait la même chose, mais un peu trop longtemps, car il va finir à quatre pattes dans les cailloux à force de regarder le large, il repart les genoux écorchés, mais ça, ça sera le cas de 80% des concurrents. Bilan 20km en 2h12, (secrètement je voulais rentrer entre 5 et 6h), c’est du tout bon, mais je commence à payer les kilomètres de la semaine car j’ai les quadris qui commencent à chauffer. Je veille à boire régulièrement en alternant entre boisson énergétique et eau (c’est l’avantage d’avoir 2 bidons), puis toutes les 45′, j’essaye de m’alimenter, en alternant la moitié d’une barre puis gel, l’objectif est de faire ça jusqu’au premier ravito qui est au trentième puis après j’aviserai.

On redescend énormément, j’ai l’œil rivé sur l’altitude (certains diront que c’est un trail de rigolo, l’altitude max est de 205m, mais au final on frôlera les 1500 de D+, fais uniquement de petites bosses et de relances, je me demande de temps en temps si préfèrerai pas monter un vrai col! On traverse un petit chemin, puis il faut monter à la vigie, on l’aperçoit au travers de la pinède, la première partie je m’accroche à un couple qui monte régulièrement, je prends une petite leçon par la dame, qui me met un vent, et va me décrocher avant le haut, on arrive sur un mur rocheux ou il faut poser les mains, sans vraiment de difficultés, une petite relance et nous voilà au point culminant du parcourt avec une vue sur la méditerranée et de l’autre coté sur la plaine Narbonnaise, on aperçoit même la cathédrale de Narbonne, un coureur me dit que c’est vraiment dommage, le ciel aurait été plus clair on aurait eu le Canigou pile en face. Je me fou du chrono, je prends une photo (je me dis ça rendra le CR de la course plus vivant ), un coureur passe et se propose de me prendre en photo, j’accepte, puis par a même occasion on repart tranquillement ensemble en discutant, il a étudié le parcours et me dis que l’on est bientôt ravito, encore 6kms, puis il s’éloigne.



A partir de là, ça ne va plus trop, on est à mi-course 2h53, je commence à broyer du noir, aujourd’hui encore je ne sais pas l’analyser, je sais pas si c’est lié à un coup de mou physique, j’étais bien entamé (c’est un peu comme le mur sur marathon), ou alors si c’était uniquement psychologique, le fait d’être seulement à mi-course, mais d’un autre coté c’est le moment où l’on bascule, et dans la tête il doit rester moins de kilomètre, mais rien n’y fait je me pose mille questions, je doute, alors que le dimanche d’avant j’avais fait une sortie de 3h30 sans aucunes difficultés, j’ai cette fâcheuse impression d’être vidé. Du coup je me met à écouter de la musique, j’ai trouvé ce petit artifice pour détourner ma concentration, et tout me parait beaucoup moins long, beaucoup moins ennuyeux, mon objectif à présent rallier le ravito au 30e et me refaire la pilule.

Ces 5 kilomètres vont être un cauchemar, c’est uniquement de la caillasse, la fatigue me fait perdre de la concentration, j’ai le pied qui tourne de temps en temps, ou même qui se coince entre les rocher, on est uniquement sur des single, et si tu tombes, il te manques la moitié de la peau sur les 2 genoux du coup vaut mieux garder les yeux bien ouvert, les mètres ne défilent pas, il n’y a rien à faire, je suis même obliger de marcher une petit peu pour récupérer un bon coup, avec l’objectif de ne pas m’arrêter, ça fait quelques temps que je cours avec un gars qui a une technique très particulière dans les bosses, il se tient les mains dans le dos en gardant ce dernier bien droit, alors que pour ma part je suis plié à 90° comme un débile avec les mains sur mes genoux en train de pousser comme un dératé pour essayer de monter, 2 techniques complètement différentes, mais si on avait du être filmé, je pense que vous m’auriez dit d’opter pour la sienne, ou il avait l’air beaucoup plus à l’aise.

On arrive à la chapelle, et surtout au ravitaillement, je vais le plein de sucré, mais surtout de salé (une chose à retenir, il faut que je prévois des gels salés, ou des gâteaux salés, pour le MDS), en l’occurrence je vais boire un peu de soupe qui va me faire un bien fou, mais surtout de me poser 2min va également être un peu salvateur.

Je décide de repartir avant de me refroidir, on est assez haut et on est également au pays du vent et ça souffle, des bénévoles nous indiquent qu’il faut redescendre et surtout de faire attention car l’on va courir pendant un moment au fond d’un canyon, enfin courir c’est un bien grand mot, il y a tellement de cailloux, de saut, de monter sur les pierres, qu’un final, on est dans un cadre magnifique, et dans un calme inouï mais un bon moment de galère.

Km 34, je m’en souvient car le photographe nous l’a dit, des personnes de la sécurité civile, nous ralentissent, il faut descendre une paroi en rappel en se tenant à une corde sur pas mal de mètres, puis prudence dans une forte pente, puis je vais me remettre à courir pendant pas mal de kilomètres dans une longue descente, le long d’une vigne. En ayant regardé le parcours, je savais qu’à ce moment-là, on était sur la sorte de « presqu’île », et je me figurais cette fin de course beaucoup moins difficile que le début, ce fut le cas. Encore des cailloux et des cailloux, une autre descente bien engagé puis on retrouve la route, le long des marais, je bénis ce moment, et je me surprends même à allonger la foulée alors que j’ai un mal aux cuisses insoutenable, mais je prends plaisir à courir un peu plus vite, on était 4 au début, je me retrouve tout seul ayant lâché tout le monde, sans l’avoir fait exprès mais ça donne vraiment du baume au cœur. A ce moment-là je me dit, « allez dix bornes, même à quatre pattes, tu vas finir, au moins tu auras travaillé le mental »: objectif imminent, aller chercher le ravito au 45e, je vais y parvenir, la surprise viendra du kilomètre juste que l’on va courir sur la plage, alors ce n’est pas le sable du Sahara sud Marocain, c’est dommage j’avais la pelle pour me désensabler au cas où

Au ravito, c’est une ambiance bon enfant, il y a énormément de bénévoles, comme sur tout l’ensemble du parcours, un grand bravo à eux, même s’il faisait beau, il y a avait tellement de vent et avec l’air frais ambiant, ils ont quand même dû se geler durant l’ensemble de la journée. On est une bonne dizaine à ce ravito, on sait que c’est gagné, il reste 5 bornes, même à pieds ça ferait moins d’une heure. Je repars avec un gars, mais là j’ai un peu des ouillères, j’enclenche la première dans la première cote, on va longer les étangs sur les chemins côtiers remplis de caillasses, à c moment là je suis complètement désorienté, je me figurais le village de Gruissan sur la droite, mais à la place, il n’y a que les étangs, je pris que pour une chose, avoir le bon kilométrage à ma montre, et être sûr que dans 3kms c’est fini… On rentre dans un bois, je rattrape quelques coureurs, depuis le ravito, je n’ai pas levé le pied, je veux en finir, la descente du bois très abrupte me brûle littéralement les cuisses, mais là bonne nouvelle, c’est que je vois le village, et par conséquence, la ligne d’arrivée n’est pas bien loin.

On descend une dizaine de marche, je retrouve le bitume, un panneau annonce « arrivée 1300m », autant vous dire, que là j’ai commencé à agrandir la foulée pressé d’en finir, je vais doubler encore 2 coureurs, et voilà le fameux par des expos, son tapis rouge, je franchis la ligne d’arrivée!!!

Bilan 50km pile poil en 6h29, 184e/257 arrivants, il y aura eu une centaine d’abandon, pour une course de début de saison, c’est vraiment un trail très engagé, technique, qui ne vous permet à aucun moment de vous relâcher, et cela devient très usant. Un conseil, arrivé au GPT avec pas mal de fond, mais surtout en ayant fait pas mal de travail en côte, car il n’y a que des efforts de ce type.

Maintenant il conviendra d’enchaîner sur une semaine allégée, puis 3 grosses semaines suivront pour venir clôturer la préparation MDS, 3 semaines supplémentaires seront nécessaires à faire du jus. Cette course a été riche en enseignement, que ce soit concernant le matériel, mais surtout concernant encore une fois la volonté à aller chercher au fond de ces réserves….

Nombre de vues : 498 3 commentaire(s)
LAURENT B. - 22/02/2013 12:06:05

Ouaa, çà c'est du CR ! C'est super vivant et tu nous as bien fait vivre ton ressenti. a+ de te lire pour ton CR du MDR

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Christelle P. - 22/02/2013 14:15:37

BRAVO !! Beau CR, bien détaillé et belle course :-)

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Jean-pierre M. - 23/02/2013 18:30:21

Bravo pour ta course et ton CR. J'y étais aussi et ça m'a rappelé quelques sensations connus durant la course. C'est vrai il y avait quelques cailloux !! ;-) A+

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